L’Europe de l’Ouest vient de vivre son début d’été le plus chaud jamais mesuré, et la France a payé le prix fort : 5 764 décès en excès sur juin et juillet 2026, selon Santé publique France. Ce lundi 10 août, 22 départements repassent en vigilance orange canicule à partir de midi. Dans le même temps, un décret entré en vigueur le 5 juillet change discrètement la donne pour les personnes âgées : des centaines de milliers d’entre elles sont désormais inscrites d’office au registre communal des personnes vulnérables. Explications.
- ▸21,62 °C de moyenne juin-juillet en Europe de l’Ouest : record battu, selon le service européen Copernicus (bilan publié le 10 août 2026).
- ▸5 764 décès en excès en France sur juin-juillet, soit +36,2 % par rapport à la mortalité attendue — chiffres non consolidés, le bilan définitif sera plus lourd.
- ▸22 départements en vigilance orange canicule à partir de midi ce lundi, avec 34 à 38 °C, et une extension attendue mardi et mercredi, jusqu’à l’Île-de-France.
- ▸Depuis le 5 juillet 2026, les bénéficiaires de l’APA et de la PCH sont inscrits automatiquement au registre communal, sauf opposition de leur part.
Un été hors norme, et des chiffres qui parlent #
Le service européen Copernicus a publié ce lundi son bilan : avec 21,62 °C de moyenne combinée sur juin et juillet, l’Europe de l’Ouest dépasse son précédent record, qui datait de 2022. Juillet 2026 seul affiche 22,48 °C, soit 2,53 °C au-dessus des normales 1991-2020 — de peu derrière juillet 2006 et ses 22,54 °C. Depuis mai, la région a traversé quatre épisodes de chaleur extrême, dont deux rien qu’en juillet.
« Nous n’avons pas connu un tel climat de notre vivant et peut-être même pas depuis l’avènement de notre civilisation », a commenté Carlo Buontempo, directeur du service Changement climatique de Copernicus. Une phrase forte, à replacer dans son contexte : elle porte sur la moyenne régionale de la période, pas sur un thermomètre isolé.
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Côté sanitaire, le chiffre français est brutal. Santé publique France estime la surmortalité de juin-juillet à 5 764 décès, l’un des bilans les plus lourds depuis 2003, avec un pic les 25, 26 et 27 juin qui concentre plus de la moitié de l’excès. Les 65 ans et plus représentent l’essentiel des victimes. L’Île-de-France est la région la plus touchée, avec près de 2 000 décès supplémentaires (+81,2 %), devant les Pays de la Loire (553 décès, +55,2 %).
Une précision que l’agence pose elle-même, et qu’il faut retenir : ces données proviennent des certificats électroniques de décès et ne sont pas consolidées. Le bilan définitif, attendu après l’été, sera plus élevé, en particulier pour les décès survenus à domicile.
« Nous n’avons pas connu un tel climat de notre vivant et peut-être même pas depuis l’avènement de notre civilisation. »— Carlo Buontempo, directeur du service Changement climatique de Copernicus (C3S)
Ce lundi : où la vigilance orange s’applique #
Météo-France a placé 22 départements en vigilance orange canicule à compter de lundi midi : Cher, Allier, Saône-et-Loire, Jura, Doubs, Corrèze, Bouches-du-Rhône, Alpes-de-Haute-Provence, Hautes-Alpes, Savoie, Haute-Savoie, Isère, Rhône, Alpes-Maritimes, Ardèche, Drôme, Gard, Var, Vaucluse, Ain, Corse-du-Sud et Haute-Corse. Les maximales attendues s’échelonnent entre 34 et 38 °C.
Ce n’est pas la fin de l’épisode, au contraire : la chaleur doit s’accentuer mardi 11 et mercredi 12 août, avec un nouvel épisode caniculaire s’étendant à de nombreuses régions, dont la région parisienne à partir de mercredi. Les nuits sans redescente sous les 20 °C sont le vrai facteur de risque : c’est l’absence de récupération nocturne, plus que le pic de l’après-midi, qui épuise l’organisme des personnes fragiles.
Rappel de calendrier : la veille saisonnière court du 1er juin au 15 septembre. Le dispositif national de gestion des vagues de chaleur relève désormais de l’organisation ORSEC, qui a succédé à l’ancien « plan national canicule ».
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Le registre communal : ce qui a changé le 5 juillet #
Le registre nominatif communal des personnes vulnérables est né de la canicule de 2003 : c’est la loi du 30 juin 2004, complétée par le décret du 1er septembre 2004, qui l’a créé. Tenu par le CCAS sous la responsabilité du maire, il permet, en cas d’alerte, d’appeler ou de rendre visite aux personnes qui y figurent.
Son point faible était connu des professionnels du secteur : l’inscription reposait sur une démarche volontaire, et à peine une personne fragile sur dix y figurait réellement. C’est ce que corrige le décret du 3 juillet 2026, entré en vigueur le 5 juillet, pris dans le cadre de la loi « Bien vieillir » : les bénéficiaires de l’APA (allocation personnalisée d’autonomie) et de la PCH (prestation de compensation du handicap) y sont désormais inscrits automatiquement, sauf opposition. Environ deux millions de personnes sont concernées.
Deuxième évolution, moins commentée : le registre ne sert plus seulement aux urgences climatiques. Il devient un outil mobilisable toute l’année pour repérer l’isolement et la perte d’autonomie.
- ✓Vous touchez l’APA ou la PCH : vous êtes inscrit d’office. Vous pouvez vous y opposer, mais l’inscription n’ouvre aucun contrôle sur votre vie privée — elle déclenche un appel ou une visite en cas d’alerte.
- ✓Vous avez 65 ans ou plus sans percevoir ces aides : rien ne change, l’inscription reste à demander auprès de votre mairie ou du CCAS.
- ✓Vous avez plus de 60 ans et êtes reconnu inapte au travail, ou vous êtes une personne adulte handicapée : vous êtes également éligible au registre.
- ✓Vous êtes proche, voisin ou aidant : vous pouvez demander l’inscription d’une personne pour elle, avec son accord.
Les repères officiels pendant l’épisode #
Les recommandations diffusées par les agences régionales de santé et Santé publique France tiennent en quelques gestes : boire régulièrement sans attendre la soif, fermer volets et fenêtres en journée, aérer la nuit et tôt le matin, passer deux à trois heures par jour dans un lieu frais (centre commercial, bibliothèque, salle communale), limiter les sorties et les efforts entre 11 h et 17 h, porter des vêtements légers et clairs.
Les signes qui doivent alerter, toujours selon les autorités sanitaires : une température corporelle élevée, des vertiges, une confusion ou des troubles de la conscience, une peau chaude et sèche, une agitation inhabituelle la nuit. En cas de malaise ou de doute sur l’état d’une personne âgée, le réflexe reste d’appeler le 15.
Une remarque de bon sens qu’on lit rarement : chez les plus de 65 ans, la sensation de soif s’émousse et la thermorégulation devient moins efficace. Attendre d’avoir soif pour boire n’est donc pas un repère fiable à cet âge — c’est précisément pour cela que les recommandations insistent sur la régularité plutôt que sur la quantité ressentie.
Cet article est informatif et ne constitue ni un conseil ni un avis médical. Pour toute question sur vos traitements ou votre état de santé, notamment en période de forte chaleur, adressez-vous à votre médecin traitant ou à votre pharmacien.
